L’association alerte sur l’augmentation du nombre de gens qui ont de plus en plus de difficultés pour payer leur loyer. Elle plaide, non pas pour un gel des loyers, mais pour une augmentation significative des aides personnalisées au logement (APL). Voici pourquoi.

Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise). Face à la hausse généralisée des charges dans le parc HLM, comme ici dans le quartier des Doucettes, la Fondation Abbé Pierre plaide pour des aides accrues de l'Etat. LP/Anne Collin
Les locataires des cités HLM en Île-de-France sont en première ligne des hausses de charge pratiquées par les bailleurs sociaux. C’est notamment le cas dans le quartier des Doucettes, à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), l’une des villes les plus pauvres d’Île-de-France. Pour soulager ce public précaire, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, en appelle à l’État.
Hausse des charges, du loyer… L’augmentation des coûts du logement n’épargne pas le parc HLM. Qu’en pense la Fondation Abbé Pierre ?
MANUEL DOMERGUE. L’augmentation de 3,5 % est permise par la loi et les bailleurs sociaux l’ont appliquée. Il faut rappeler qu’ils ne font pas de dividendes et n’ont donc pas trop le choix surtout dans ce contexte inflationniste général. La période est très difficile pour eux aussi et s’ils sont aujourd’hui plutôt en bonne santé, c’est parce qu’ils sont gérés prudemment.
Néanmoins, quand les conditions se dégradent, ils ne construisent plus ou rénovent moins. En pâtissent alors les locataires actuels et ceux qui attendent un logement alors que la production HLM est en chute libre. Quant à la hausse des charges, elle est générale, les bailleurs doivent la répercuter. Ce ne sont pas des décisions prises facilement, il y a souvent deux victimes : le bailleur et le locataire. Ensuite, il y a 700 bailleurs différents en France et certains peuvent mal se comporter en louant des taudis avec des situations extrêmement choquantes et là les hausses passent très mal.
Quid de la troisième ligne de quittance, la contribution du locataire aux travaux d’économie d’énergie ?
Ce dispositif est prévu par la loi Molle depuis 2009 afin de réaliser des travaux de rénovation énergétique. Le principe est bien d’en faire payer une partie aux locataires mais ces derniers sont censés s’y retrouver plus tard grâce à des économies de charges. Cela se veut gagnant-gagnant mais il est vrai que chez beaucoup de bailleurs sociaux, les travaux ont traîné et donc forcément les chantiers sont plus lourds quand ils sont finalement lancés. On comprend donc les locataires et leurs demandes de la voir supprimer surtout qu’il y a de plus en plus de ménages qui ont du mal à payer et ce, même si les prix restent bien en dessous du privé.
Depuis quelques années, on constate une paupérisation des ménages du parc HLM notamment avec les APL qui n’augmentent pas de la même façon que le coût du logement. C’est pour cela que la Fondation Abbé Pierre plaide pour une hausse des aides afin d’accompagner les locataires modestes voire très modestes.
Le meilleur levier passe donc pour vous par une hausse des aides de l’État aux locataires, pas un gel des loyers ?
La Fondation Abbé Pierre ne demande pas un gel des loyers HLM car ce sont des centaines et centaines de milliers d’euros qui seraient perdus à jamais pour les bailleurs sociaux et on a besoin d’eux pour construire. Pour rappel, on a 2,3 millions de ménages en attente d’un logement social. C’est à l’État de venir aider les locataires en difficulté. Le meilleur outil est l’aide personnalisée au logement (APL) adaptée en fonction de la situation financière de chaque ménage. Pourtant depuis 2017, on a une forme de procès qui est fait aux APL de la part du gouvernement, de Bercy, qui est de dire ce sont des dépenses inutiles.
Les APL sont des aides pour les plus pauvres, c’est le prix de la solidarité. On le voit cette année : en valeur réelle, les APL ont augmenté de 3,5 % soit moins que l’inflation [en mars 2023, elle s’établissait à 5,7 % sur un an selon l’Insee]. La première attaque a été la baisse des 5 euros mais ça a continué par la suite et même les épisodes de quoi qu’il en coûte n’ont pas permis de revenir au niveau d’avant 2017.
Comment voyez-vous les prochains mois pour les plus précaires ?
De plus en plus de gens ont du mal à payer leur loyer. Il y a une forte inquiétude concernant les expulsions pour ce printemps en raison de la hausse importante des impayés, plus de 10 % sur un an constatés chez la moitié des bailleurs sociaux au dernier trimestre 2022. Rien qu’à Paris, on a déjà une quinzaine d’exemples parmi les ménages que l’on accompagne en risque d’expulsion imminente. À cela s’ajoute la proposition de loi « Kasbarian », (dite loi anti-squat). Elle risque d’accroître encore le nombre de ménages expulsés. On est bien sur une attaque contre les plus précaires.
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